Amoureux, dĂ©couvrez le jeu des positions perceptuelles. Mettez-vous Ă  la place de l’autre, abordez son point de vue, ressentez-le, Ă©chappez aux monologues stĂ©riles. Bref, communiquez.

Regarder l’autre par l’autre bout de la lorgnette

Par le grand bout de la lunette on a une vue d’ensemble, par le petit bout de la lunette, on voit un aspect particulier des choses, que l’on grossit dĂ©mesurĂ©ment.
Regarder Ă  travers les yeux de l’autre, changer de bout de lorgnette : une recette gagnante pour mieux communiquer.

Vous ĂȘtes-vous dĂ©jĂ  laissĂ© aller Ă  imaginer ce que serait la vie dans le corps de votre amoureux(se)? Si vous perceviez le monde Ă  sa hauteur, si vous sentiez un vent chaud d’étĂ© Ă  travers ses pores de peau, ses cheveux? N’est-ce pas troublant d’y penser?

  • Avez-vous dĂ©jĂ  remarquĂ© combien on projette bien naturellement Ă  partir de sa propre expĂ©rience, de son propre modĂšle de vie, alors que notre vis-Ă -vis n’a pas nĂ©cessairement la mĂȘme fenĂȘtre d’interprĂ©tation?
  • Comme il est difficile, lorsque nous discutons, de se mettre Ă  la place de l’autre tant l’émotion est forte, tant il est important, sans que l’on sache toujours bien pourquoi, d’avoir le dernier mot?
  • Comme il peut ĂȘtre tentant de «tout» dĂ©baller, le plus vite possible, pour ĂȘtre bien certain d’ĂȘtre entendu, rassurĂ©, d’avoir joui de son droit de parole?
  • Comment parfois, soyons francs, on ne veut pas vraiment entendre ce que l’autre a Ă  dire parce que ce qu’il dirait pourrait tout bousculer, nous amener Ă  devoir faire autrement, Ă  remettre en question de bonnes vieilles habitudes?

Je vous vois sourire tristement. Vous savez dĂ©jĂ  qu’aucune de ces stratĂ©gies ne donne les rĂ©sultats escomptĂ©s et qu’elles ne peuvent qu’ajouter Ă  la «fatigue» du couple. Bonne nouvelle, il y a un truc bien simple Ă  appliquer en cas de choc des cultures!

Cela se nomme les positions perceptuelles!

Le jeu de la derniÚre discussion, le dernier différend

D’abord, il faut se rappeler combien nous sommes reconnaissants Ă  l’autre Ă  chaque fois qu’il vient sur notre territoire pour mieux nous comprendre, et ensuite, il faut appliquer la formule suivante. Isolez-vous. Pour faire ce jeu, vous aurez besoin de calme, de silence et d’une trentaine de minutes sans risque d’ĂȘtre dĂ©rangĂ©.

A.  Placez deux chaises, l’une en face de l’autre.

 

Le jeu des positions perceptuelles s'incarne en changeant physiquement de place et d'Ă©tat.
Ces chaises nous invitent Ă  changer de position, Ă  voir et Ă  ressentir depuis la perception de l’autre.

 

PremiĂšre position perceptuelle

B.  Asseyez-vous dans celle qui vous attire le plus. Fermez les yeux. Respirez profondĂ©ment. Laissez monter en vous la paix du cƓur. Coupez-vous du bruit, contrĂŽlez le dialogue intĂ©rieur. Habitez votre espace. Et prenez le temps de ce cadeau.

Puis, ouvrez les yeux. Placez mentalement votre partenaire amoureux sur la chaise en face de vous. Rappelez-vous la scÚne du dernier différend que vous avez eu avec lui. Revoyez-le(la) à ce moment-là, ses cheveux, ses yeux, son corps. Ajoutez le décor environnant, la lumiÚre, les couleurs, le mouvement dans la piÚce. Prenez votre temps pour tout revoir.

Maintenant, laissez venir les sentiments nĂ©cessairement dĂ©sagrĂ©ables, revoyez le film de ce qui s’est passĂ©, tel que vous l’avez reçu. Entendez les voix, les mots qui ont Ă©tĂ© dits, ressentez votre respiration, les tensions qui pointent dans votre corps, les sensations dans votre ventre, dans votre gorge, le chaud ou le froid qui s’installe. Reprenez contact avec tout cela.

 

DeuxiĂšme position perceptuelle

C.  Levez-vous et regardez par la fenĂȘtre. Respirez. À prĂ©sent, vous allez vous asseoir sur l’autre chaise. Vous me voyez venir? Eh oui. Vous allez prendre le temps de vous mettre Ă  la place de l’autre, le plus honnĂȘtement du monde. Non, ce n’est pas du tout la mĂȘme chose. C’est une nouvelle Ă©tape, vraiment extraordinaire, vue de ses yeux, entendue de ses oreilles, ressentie depuis son ventre, sa gorge, sa respiration. Et n’oubliez pas que c’est vous qui ĂȘtes en face de votre partenaire de vie. C’est vous qu’il voit, qu’il entend, dont il ressent les vibrations. DiffĂ©rent, non?

 

Une troisiĂšme?

D.  Levez-vous et regardez par la fenĂȘtre. Respirez. À prĂ©sent, vous vous glissez dans la tĂȘte et le corps d’un inconnu impartial, objectif, sans parti-pris. Puis, vous vous placez debout Ă  l’écart des deux chaises (3) et vous revoyez encore une fois la scĂšne au complet. Que voyez-vous, chez lui, chez elle? Qu’entendez-vous? Laissez venir les observations. Restez neutre. Prenez tout votre temps. Absorbez chacun des dĂ©tails rencontrĂ©s.

 

Une autre? Pourquoi pas…

E.  Enfin, entrez dans la peau d’un inconnu bienveillant. Traversez de l’autre cĂŽtĂ© des deux chaises (4), tournez-vous Ă  nouveau vers elles, replacez mentalement les protagonistes en place. Sont-ils inquiets? BlessĂ©s? DĂ©boussolĂ©s? Revoyez la scĂšne avec toute l’empathie dont vous pouvez faire preuve. Pour chacune des deux personnes. Jusqu’à ce que vous ayez bien ressenti tout votre amour pour chacun d’eux.

F.  Reprenez tour à tour les quatre positions (B, C, D et E).

 

Les positions perceptuelles : ça fonctionne!

Deux personnes ont rapproché leurs chaises, leurs positions physique et mentale ont changé et le contact est rétabli.
Changer de position perceptuelle permet de comprendre ce que l’autre ressent et dĂ©noue les tensions.

 

IntĂ©ressant, n’est-ce pas? Ce petit jeu de fabulation est d’une merveilleuse profondeur. Il dĂ©samorce bien des craintes, des colĂšres, des rancunes. Il ouvre le cƓur, la tĂȘte et le corps tout entier Ă  ce que l’autre perçoit, ressent.

Mais surtout, merveille des merveilles, il rend solidaires dans la recherche d’une solution, et ceci mĂȘme si l’autre n’a pas fait ce jeu! Comment est-ce possible? Essayez et vous verrez. Si l’une des deux personnes cherche Ă  comprendre profondĂ©ment l’autre, avec cette qualitĂ© d’écoute et de prĂ©sence, ce regard ami que ce jeu vient de vous rĂ©vĂ©ler, elle place d’office l’autre dans la mĂȘme disposition d’esprit et de cƓur. Cet autre sera alors enclin Ă  saisir Ă  son tour ce que vous ressentez, vos questions ou suggestions, avec le mĂȘme accueil que celui que vous lui avez rĂ©servĂ©. Et comme il ne peut y avoir de bagarre sans combattants, c’est la porte ouverte Ă  la vraie discussion, au vĂ©ritable Ă©change, celui qui fait grandir dans la joie, bouger dans la sĂ©curitĂ©.

Mais attention! Ne trichez pas! Que votre nouvelle attitude soit sans attente. Il ne s’agit pas d’ĂȘtre amical dans le but d’avoir raison


Je ne sais pas quel Ă©lĂ©ment vous a le plus frappĂ© dans ce jeu, mais si vous avez pris le temps de vous y livrer honnĂȘtement, vous y avez dĂ©couvert nombre de choses qui vont continuer Ă  rĂ©sonner en vous, bien aprĂšs la fin de votre lecture.

Et peut-ĂȘtre vous prendrez-vous au jeu et, par pur plaisir, ferez-vous Ă  nouveau ce jeu de chaises, mentalement, aussi souvent et secrĂštement qu’il vous plaira de le faire, encore et encore.

Je vous laisse sur ce trĂšs beau texte de Francesco Alberoni:

Comment fait-on pour savoir que l’on est amoureux?

Parce que nous tombons une fois encore amoureux, parce que nous retombons sans cesse amoureux de la mĂȘme personne.

L’amoureux remercie l’autre d’exister.

La passion renaĂźt.

C’est toujours le premier jour.

Ce jeu vous fait penser Ă  quelqu’un? N’hĂ©sitez pas Ă  lui faire suivre.

À tout bientît,

 

Isabelle

 

Pour acheter ou consulter le coffret dont ce texte est tirĂ© : Rester amoureux, 3e Ă©dition, Isabelle Quentin, Éditions El Dorado, 2021.

 

Rester amoureux : le jeu des positions
 perceptuelles
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2 thoughts on “Rester amoureux : le jeu des positions
 perceptuelles

  • 2021-02-18 Ă  15:42
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    GĂ©nial cet article, merci de nous transmettre cette technique ! Je pense qu’il faut faire cette exercice une fois que les Ă©motions sont retombĂ©es, dans un moment tranquille en effet. Il me semble difficile cependant de se mettre rĂ©ellement dans l’Ă©tat d’esprit de l’autre personne, Ă©tant donnĂ© qu’on n’a que le souvenir de ses mots (qui, logiquement, ne nous ont pas convaincus sinon il n’y aurait pas eu de diffĂ©rend) mais pas sa vision pour autant… J’essaierai !

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    • 2021-02-18 Ă  16:48
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      Oui, il faut se calmer d’abord. Tu sais, les mots qui ont Ă©tĂ© dits seront secondaires dans l’expĂ©rience. Ce sont les sensations du corps, leurs positions, les intentions de chacun qui reviendront Ă  ton esprit au moment de l’expĂ©rience. Ces souvenirs seront plus justes que les mots que tu auras retenus… eux-mĂȘmes une sĂ©lection de ce qui aura vraiment Ă©tĂ© dit.

      RĂ©pondre

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